CDD sur CDD, chômage prolongé, discrimination, manque de poste, les habitants de la cité des Moulins sont fatigués.
Lutter contre le chômage, possibilité de reconversion, égalité des chances. C’est, à chaque campagne électorale, le mot d’ordre des hommes politiques. Les promesses, toujours plus mirifiques les unes que les autres, ne restent que des promesses. La discrimination et le racisme ne sont pas que des clichés. Le délit de sale gueule, élargi à l’adresse sur le CV, existe vraiment. Trouver un emploi lorsqu’on s’appelle Nordine et qu’on habite dans la cité des Moulins à Nice-Ouest, c’est vite décourageant. Tout commence aux ASSEDIC. Il faut déj présenter un passeport ou une carte de séjour et une attestation de chômage. Ce sont les ASSEDIC qui dirigent ensuite vers l’ANPE. Dans le quartier, il y en a deux. En réalité, une seule s’occupe réellement des habitants de la cité. Elle propose du travail dans le bâtiment, la grande distribution, le transport et le commerce de gros. Juste de la main d’œuvre donc. Bien sur, les demandeurs d’emploi peuvent toujours, s’ils en ont les moyens, se déplacer en centre ville, une heure en bus, pour des postes dans l’éducation, la santé, la restauration ou l’administration. Il faut le savoir, « l’ANPE n’est pas là pour donner des explications ». Quand un homme demande de l’aide à l’accueil sur un papier qu’il n’a pas compris, on lui fait vite comprendre qu’ici on ne fait pas de cas par cas. Il ressort démoralisé, son papier à la main, resté sans explication. Pourtant, une conseillère ne voit pas le problème : « les gens, s’ils veulent vraiment du boulot, ils en trouvent. Habiter dans le 16ème ou ici, je vois pas ce que ça change. » Vraiment ? De toute façon, ils n’ont pas le droit de parler. Une jeune femme sort tout juste de l’agence pour l’emploi. Elle s’appelle Priscille et, depuis 2005, est sans emploi. Deux à trois fois par semaine, elle se rend à l’ANPE : « c’est dur, ils ne me proposent jamais rien. Jje suis prête à faire n’importe quel travail. Je veux pas dire que la couleur de peau ou sur l’endroit où on vit change quelque chose. Mais quand même je me pose beaucoup de questions. Et je le sais, les gens qui voient que je vis dans la cité, ils veulent pas de moi  ».
« C’est encore du racisme »Â
Les jeunes sont les plus touchés. En bas des immeubles, ils sont tous là . Parlent fort, crient souvent, courent un peu partout. Un peu à l’écart, les grands frères et les plus âgés les regardent. Nabil a 35 ans. Il vit ici depuis presque 20 ans. Ici, ce n’est pas en France. Ici, c’est dans la cité : « on a tout, une boulangerie, une boucherie hallal, un tabac, un café. Ils font tout pour que ça soit accessible, mais on l’impression que c’est surtout pour pas qu’on en sorte. » Les jeunes, il les connaît, il les a vu grandir. Il y a quelques années, il voulait même monter une association, mais personne n’a appuyé son idée. Résultat, c’est tombé à l’eau. « Il faudrait une structure concrète, quelqu’un qui les écoute, les aide, parce que là ils sont perdus. Ils traînent toute la journée dehors, et certains tournent vraiment mal. » Nathan, 25 ans, n’a aucun diplôme. Il est lui aussi inscrit à l’ANPE. « Je veux pas faire comme mon père, à galérer toute ma vie dans le BTP. Mais bon, je sais que j’ai pas trop le choix. En attendant, je traîne avec les potes. De toute façon, l’ANPE, ils servent à rien. Avant, j’y allais presque tous les jours, et ils ne savent toujours pas qui je suis. » Khalid pense pareil : « J’ai appelé plusieurs fois pour du travail, mais dès qu’ils voient que t’habite aux moulins, ils te trouvent une excuse comme quoi ils ne cherchent personne. Quand ils entendent mon nom, c’est mort. C’est encore du racisme, même si c’est facile de dire ça. »  Toujours dans le quartier, à quelques minutes des HLM, une association, la Mission Locale, a été créée pour aider les jeunes de moins de 25 ans à trouver une formation : « on est là pour les écouter aussi. On leur donne des conseils, on essaie de voir ce qu’ils ont envie de faire ». Kalid, Nathan, Jamel n’y sont jamais allés. Dans la cité, peu de jeunes connaissent vraiment l’association. Ceux qui en parlent le font d’un air sceptique : « je vois pas ce qu’ils peuvent faire pour nous. Des paroles, des promesses on en a déjà plein. De toute façon, on sait que rien ne changera. Les gens n’écoutent pas, sauf quand on brûle des voitures. C’est pas une vie ». A 15h30, un mercredi après-midi, le bureau est vide. Les employés se servent un café.


